Un dossier prud'hommes se joue autant sur le chiffrage des demandes que sur l'argumentation, et c'est précisément là que les outils se distinguent. Une IA généraliste rédige un paragraphe convaincant mais ne sait ni reconstituer un rappel d'heures supplémentaires sur trois ans, ni situer une indemnité dans la fourchette du barème Macron. Le bon critère de choix n'est donc pas la qualité de la prose : c'est la capacité à produire des montants justes et traçables.
Avant de comparer des outils, il faut regarder le travail. Un dossier prud'hommes ordinaire suppose de réunir, poste par poste, des sommes qui ne se calculent pas de la même façon :
| Demande | Ce qu'il faut pour la chiffrer |
|---|---|
| Rappel d'heures supplémentaires | Le décompte semaine par semaine, avec les majorations applicables |
| Indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse | L'ancienneté, le salaire de référence, la position dans la fourchette du barème |
| Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement | L'ancienneté et la convention collective applicable |
| Indemnité compensatrice de préavis et congés payés | La durée de préavis et les congés acquis |
| Rappels divers | Primes, repos compensateur, requalification |
Chacune de ces sommes dépend d'un salaire de référence et d'une ancienneté qu'il faut d'abord établir à partir des pièces du dossier : contrat, bulletins de paie, lettre de licenciement, avenants. C'est un travail de lecture de pièces avant d'être un travail de calcul, et c'est la partie qui prend le plus de temps.
S'ajoute une contrainte de calendrier. Les actions portant sur la rupture du contrat se prescrivent par douze mois à compter de la notification du licenciement (article L1471-1 du code du travail), tandis que l'action en paiement du salaire se prescrit par trois ans (article L3245-1). Deux délais distincts, sur un même dossier, avec des conséquences immédiates sur l'étendue des demandes chiffrables.
1. Est-ce que l'outil calcule, ou seulement rédige ? C'est la ligne de partage principale. Un modèle de langage généraliste produit un texte plausible ; il n'exécute pas un décompte fiable de rappels sur trois ans, semaine par semaine, avec des taux de majoration variables. Demander un calcul à un outil conçu pour écrire est la première source d'erreur.
2. Chaque montant est-il traçable ? Un chiffre sans pièce de rattachement est inutilisable en conclusions. L'outil doit pouvoir indiquer de quel bulletin de paie, de quel avenant ou de quelle clause vient chaque élément retenu. C'est aussi ce qui permet la vérification par l'avocat, qui reste seul à décider et à signer.
3. Absorbe-t-il l'intégralité du dossier ? Un contentieux avec trois ans de bulletins de paie, des plannings et des échanges de courriels représente vite plusieurs centaines de pièces. Les assistants généralistes plafonnent le nombre de documents traités dans une même analyse, ce qui oblige à découper le dossier et à perdre la cohérence d'ensemble.
4. Que deviennent les données ? Les consultations adressées par un avocat à son client, les correspondances avec le client et, plus généralement, les dossiers sont couverts par le secret professionnel (article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971). Verser les pièces d'un dossier dans un outil grand public, sans contrat de sous-traitance ni garantie sur la localisation et la réutilisation des données, expose à un risque qui n'est pas seulement commercial.
5. L'outil sait-il situer un montant, pas seulement le calculer ? Le barème de l'article L1235-3 donne une fourchette entre un plancher et un plafond, pas un montant. Savoir où se place un dossier dans cette fourchette suppose de le comparer à des décisions rendues sur des profils proches. Un calculateur qui affiche la fourchette légale ne fait que recopier le code du travail.
L'hallucination de référence. Une IA généraliste peut produire un numéro de pourvoi, une date et un attendu parfaitement crédibles pour une décision qui n'existe pas. Sur un dossier prud'hommes, cela se voit à l'audience. La parade n'est pas de faire confiance, c'est d'exiger la source.
Le calcul non reproductible. Si le même dossier, soumis deux fois, donne deux totaux différents, aucun des deux ne peut être produit. Un outil de chiffrage doit être déterministe sur la partie calcul.
La confusion des prescriptions. Beaucoup d'erreurs de chiffrage viennent d'un rappel de salaire calculé sur une période plus longue que celle que la prescription autorise, ou d'une contestation de la rupture engagée hors délai.
Le barème appliqué là où il ne s'applique pas. Le plafonnement de l'article L1235-3 est écarté lorsque le licenciement est nul. Un outil qui applique mécaniquement la fourchette sans poser la question de la nullité sous-estime le dossier.
La méthode la plus fiable est de reprendre un dossier déjà plaidé, dont on connaît le résultat, et de le soumettre à l'outil. Trois questions suffisent à trancher : le total est-il juste, chaque ligne est-elle rattachée à une pièce, et le temps gagné est-il réel une fois la vérification faite ? Un outil qui produit un chiffrage qu'il faut entièrement recalculer ne fait pas gagner de temps.
Plato est conçu pour cette partie du travail : lecture des pièces, calcul des rappels et des indemnités, positionnement du montant à partir de décisions comparables, chaque chiffre restant traçable jusqu'à la pièce dont il provient. L'outil prépare, l'avocat décide et signe.
Pour le détail des méthodes de calcul, voir nos articles sur le calcul des rappels d'heures supplémentaires, le barème Macron 2026 et l'estimation d'une indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Pour le panorama des outils, voir quelle est la meilleure IA juridique pour les avocats.
Quel outil IA utiliser pour un dossier prud'hommes ?
Un outil capable de chiffrer les demandes à partir des pièces, pas seulement de rédiger. Les critères décisifs sont le calcul, la traçabilité de chaque montant, le volume de documents traité, la protection des données et la capacité à situer un montant dans la fourchette du barème.
ChatGPT peut-il préparer un dossier prud'hommes ?
Il peut aider à structurer un raisonnement ou une trame, mais il n'est pas conçu pour produire un décompte fiable ni pour citer des décisions vérifiables. Le risque d'hallucination de référence et la question du secret professionnel en font un mauvais support pour les pièces d'un dossier.
Une IA peut-elle calculer un rappel d'heures supplémentaires ?
Un outil spécialisé, oui : il reconstitue le décompte semaine par semaine avec les majorations applicables, à partir des bulletins et des éléments de temps de travail. Un assistant généraliste produit un ordre de grandeur, pas un décompte opposable.
Comment vérifier qu'un chiffrage produit par une IA est fiable ?
En exigeant que chaque ligne renvoie à la pièce dont elle est tirée, et en soumettant un dossier déjà plaidé dont on connaît l'issue. Un chiffrage non traçable ne se vérifie pas, donc ne se produit pas.
Les données d'un dossier peuvent-elles être versées dans une IA grand public ?
C'est à éviter. Les dossiers de l'avocat sont couverts par le secret professionnel (article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971), ce qui impose de regarder le contrat de sous-traitance, la localisation de l'hébergement et l'usage fait des données.
Une IA remplace-t-elle l'avocat aux prud'hommes ?
Non. Elle prépare le dossier, calcule et documente. L'appréciation juridique, la stratégie et la signature restent celles de l'avocat.
Quelle différence avec un simulateur en ligne ?
Un simulateur applique une formule à des données saisies à la main. Un outil de préparation de dossier part des pièces, établit lui-même le salaire de référence et l'ancienneté, et rattache chaque montant à sa source.
Un outil peut-il dire où se situera le montant dans la fourchette du barème ?
Il peut situer le dossier par rapport à des décisions rendues sur des profils proches, ce qui permet de demander un montant argumenté. Aucun outil ne peut promettre le montant que retiendra le juge.